Le vendredi 12 juin 2026 à 9h30, dans la salle MB403 de la Manufacture des Tabacs de Toulouse, Alexandre GAUDRY (LEREPS, UT2J) soutiendra sa thèse, intitulée :
La thèse, co-encadrée par Catherine BARON (LEREPS, Sciences Po Toulouse) et Marine COLON (AgroParisTech), sera soutenue devant un jury composé de :
M. David BLANCHON, Rapporteur, Université Paris Nanterre
Mme Laetitia GUÉRIN, Rapporteure, INRAE
Mme Sara FERNANDEZ, Examinatrice, INRAE
M. Christoph LÜTHI, Examinateur, EAWAG
Mme Anindrya NASTITI, Examinatrice, Institut Teknologi Bandung
M. Elhadji Mamadou SONKO, Examinateur, Université Cheikh Anta Diop
Résumé de la thèse :
Cette thèse porte sur l’accès domestique à l’eau potable dans les villes des Suds. Alors que la perspective d’atteindre l’accès universel à l’eau potable en 2030 s’éloigne, l’appel à légitimer des modes d’accès alternatifs au réseau centralisé pour y remédier interroge. Longtemps considérées comme transitoires, des alternatives ont été progressivement promues comme des solutions potentielles au même titre que les réseaux centralisés (Misra et Kingdom, 2019).
La thèse a été réalisée dans le cadre d’une Convention CIFRE avec l’Agence Française de Développement au sein de la division Eau et Assainissement. Deux enquêtes de terrain de quatre mois ont été conduites à Dakar au Sénégal, et à Bandung, en Indonésie. Les études de cas qualitatives se sont appuyées sur plusieurs méthodes de collecte de données : la conduite d’entretiens semi-directifs avec les acteurs du secteur, la réalisation d’enquêtes auprès des ménages parla méthode des transects, des observations directes et le recueil de documents.
Si l’eau potable fournie via les réseaux sert usuellement à l’ensemble des usages domestiques, une phase exploratoire, conduite au Sénégal et en Indonésie, nous a conduits à nous focaliser sur un segment spécifique, à savoir l’eau de boisson, entendue comme l’eau effectivement bue par les usagers. En effet, un ménage peut être raccordé au réseau centralisé sans pour autant que l’eau du réseau ne soit utilisée pour la boisson. Ce segment est capital caril concentre l’enjeu de santé publique.
Pour analyser ces modes de fourniture, l’approche sociotechnique a été retenue, et plus particulièrement le courant des transitions sociotechniques, complété par les apports de Van Welie et al. (2018). Ce cadre permet d’analyser les reconfigurations du service urbain de l’eau potable à travers les concepts de régime sectoriel et de régimes de service. Le régime sectoriel renvoie à la manière dont l’accès domestique à l’eau potable est organisé dans une ville, tandis que les régimes de service désignent les différentes manières par lesquelles cet accès est effectivement assuré. La problématique générale de la thèse est donc la suivante : dans un contexte de légitimation croissante de solutions diversifiées d’accès à l’eau potable, dans quelle mesure des modes de fourniture distincts du réseau centralisé se développent-ils dans des contextes urbains contrastés, et quelles sont leurs relations avec la fourniture d’eau parle réseau ?
L’originalité de la thèse repose sur une mise en perspective de deux études de cas contrastées : à Dakar (Sénégal), le régime sectoriel d’accès domestique à l’eau potable est organisé autour du réseau centralisé, alors qu’à Bandung (Indonésie), l’accès domestique repose sur la coexistence institutionnalisée de plusieurs configurations en réseau et hors réseau.
L’un des résultats majeurs de la thèse réside dans une qualification originale des régimes sectoriels analysés. Le régime sectoriel de Bandung peut être qualifié de régime polycentrique, alors que, dans le cas de Dakar, nous avons construit une nouvelle catégorie pour rendre compte des processus en cours : régime monolithique suppléé. Dans les deux cas, des régimes de service spécialisés sur le segment de l’eau de boisson se stabilisent, sans pour autant se substituer au régime de service en réseau centralisé. Ils contribuent à une reconfiguration du régime sectoriel, fondée sur une segmentation des usages et la recomposition des relations entre régimes de service. La thèse montre ainsi que le recours croissant des ménages à des détaillants d’eau de boisson participe à une transformation de l’organisation de l’accès domestique à l’eau potable. Elle met en évidence un impensé : une fonction essentielle de l’accès domestique à l’eau potable, à savoir garantir la distribution d’une eau saine pour contribuer à la santé publique, est assurée par une pluralité de régimes de service, sans que cela ne soit appréhendé comme un enjeu de service public.